La propagation rapide des « fausses nouvelles » est une des difficultés de la lutte contre la désinformation. Dans certaines situations, elle peut représenter une menace croissante pour le processus démocratique quand elle influe sur la perception d’une élection, d’un referendum. De même, elle peut être assimilée à une forme de manipulation des citoyens d’un état, voire même d’ingérence quand cette diffusion de fausses infos est commanditée par un état étranger.
Cette propagation n’est pas sans risque non plus quand elle influe sur la prise de décisions individuelles et collectives basées sur le principe de la conviction portée par des preuves dans divers domaines sociétaux, médicaux, scientifiques, les actualités.
Changement climatique vs climatosepticisme, lutte contre la covid19 vs antivax, désinformation ou propagande vis-à-vis d’un conflit ou un secteur de crise, aucun sujet d’importance n’échappe au phénomène.
La diffusion rapide de la désinformation, ou fausse information en ligne, représente un danger physique supplémentaire, menant parfois à des blessures et même à la mort de personnes ayant été ciblées. Il suffit pour cela d’un fait divers détourné, instrumentalisé, accompagné de stigmatisation, de catégorisation des personnes, de doxxing.
Face à ces problématiques particulièrement présentes sur les réseaux sociaux, comment leurs utilisateurs peuvent ils se défendre contre la désinformation ?

Getbadnews, mettez-vous dans la tête d’un créateur de fausses informations en ligne.
Dans ce jeu en ligne, les joueurs endossent le rôle d’un créateur de fausses nouvelles, et choisissent une stratégie leur permettant de developper une forme d’empire médiatique numérique via un compte X, sans scrupules ou respect éthique.
L’objectif pour le joueur est d’attirer un maximum d’abonnés tout en développant une fausse réputation en tant que source d’information en restant crédible auprès de ses followers.
Le but du jeu est de révéler les tactiques et techniques de manipulation utilisées pour tromper les gens et se constituer une base de fans sur un réseau social.

Très ludique, avec la possibilité de jouer aussi souvent qu’on le souhaite, Getbadnews permet aux joueurs de se familiariser avec six méthodes couramment utilisées en désinformation. Ces méthodes sont relativement simples : polariser, manipuler les émotions du lecteur, répandre des théories complotistes, pratiquer le trolling, détourner les accusations, usurper les identités de personnalités, organisations, communautés.

Une fois identifiées, reconnues par le joueur, celui-ci peut se prémunir contre manipulations et désinformation sur les réseaux sociaux qu’il fréquente.
Getbadnews a été conçu comme un outil d’éducation aux médias destiné au grand public, y compris jeune public. Fruit d’une collaboration entre le Social Decision Marketing Lab de l’Université de Cambridge, Tilt, Gusmanson, il repose clairement sur le principe de l’inoculation. Ce principe suppose que l’exposition anticipée aux tactiques de désinformation a pour résultat de rendre les joueurs mentalement plus résistants face à de réelles tentatives de désinformation.
Améliorer la résistance à la désinformation par le jeu éducatif, est-ce utile ?
Vouloir diminuer la désinformation en ligne, lutter contre sa viralité est un réel enjeu sociétal.
Un éventail assez large de solutions a été acté, comme l’intégration de la litteratie médiatique numérique dans les programmes scolaires dans les états de l’Union Européenne, le règlement européen sur les services numériques (DSA) de nombreuses solutions ont été étudiées, comme par exemple, la vérification automatisée des rumeurs via des algorithmes d’apprentissage automatique, mais, est-ce suffisant ?
Des années de recherche sur la cognition humaine ont montré que la désinformation n’est pas aussi simplement corrigible par des dispositifs ou des outils mis en place sur les plateformes des médias sociaux. L’effet persistant et puissant de la désinformation laisse penser que les moyens de correction sont en partie inefficaces. Des utilisateurs, malgré ces actions de correction, persistent à se fier à des informations fausses, même après qu’elles aient été réfutées. D’autre part, des études récentes tendent à suggérer que les fausses informations se répandent plus vite que les vraies, et que celles-ci relèvent plus du fait des hommes que des bots. Il est permis de penser que développer de meilleurs outils de réfutation, de vérification des faits, messages, ne sera pas suffisant pour réguler le flux de désinformation en ligne. De même, il est possible de penser que la lutte contre la désinformation post publication, le debunk, ne suffit pas en lui-même. Corrigeant la désinformation après publication, il n’agit que sur le message, son contenu, espérant que les lecteurs fassent la part des choses et n’adhérent pas à ces fausses infos.
Quand la science et un jeu permettent d’apprendre à résister contre la diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.
De fait, les difficultés liées aux approches de lutte contre la désinformation post publication ont amené quelques chercheurs à explorer d’autres voies, chercher, et trouver des méthodes préventives plutôt que correctrices. L’idée de cette approche est de prévenir l’ancrage de fausses informations dans la mémoire des lecteurs, en se concentrant sur le processus même de la réfutation préemptive, le prébunkage. C’est cette approche qui a été choisie par les créateurs de Getbadnews, des chercheurs au Royaume Uni, Jon Roozenbeek du King’s College, Londres, et Sander van der Linden, de l’Université de Cambridge.
Initialement développée par McGuire dans les années 1960, la théorie de l’inoculation s’appuie sur une métaphore biologique : tout comme des injections contenant une dose affaiblie d’un virus peuvent déclencher la production d’anticorps dans le système immunitaire pour conférer une résistance contre de futures infections, il est sans doute possible d’obtenir le même effet avec l’information, en cultivant des anticorps mentaux contre la désinformation.
En d’autres termes, en « vaccinant », en exposant les gens à une version affaiblie d’un argument trompeur et en réfutant cet argument de manière préemptive, il est possible de conférer une résistance attitudinale contre les futures tentatives de tromperie.
Le mécanisme de l’inoculation est similaire à celui de l’inoculation médicale, l’inoculation médicale opère en exposant l’organisme à une version atténuée d’un virus, suffisamment puissante pour initier une réponse immunitaire, mais insuffisamment virulente pour vaincre les défenses corporelles. L’inoculation attitudinale opère de façon comparable : elle soumet le sujet à des contre-arguments affaiblis, activant des mécanismes de réfutation contre-argumentation, ce qui le rend résistant à des tentatives de persuasion futures plus intenses. Ce procédé agit comme une vaccination symbolique : le sujet devient immunisé contre les messages tentant de modifier ses attitudes ou croyances. La théorie de l’inoculation suggère que l’exposition à des messages contenant des contre-arguments affaiblis permet à une personne de développer une immunité face à des messages plus puissants. Des chercheurs au Royaume Uni, Jon Roozenbeek du King’s College, Londres, et Sander van der Linden, de l’Université de Cambridge ont développé cette nouvelle approche sous la forme d’un jeu de navigateur proposant une intervention relevant plus du domaine du psychologique que de l’apprentissage à une technique particulière d’identification d’une fausse information.
Vaccinez-vous, en vous amusant !

Aux vues des résultats avant/après jeu recueillis par les créateurs de Getbadnews, il est possible de dire que cette approche novatrice soit « payante » et mériterait d’être mieux connue du grand public.
Les premiers résultats montrent que la capacité des individus à détecter et à résister à la désinformation est renforcée après avoir joué, et ce, quel que soit leur niveau d’éducation, âge, orientation politique ou style cognitif.
Se « vacciner » contre la désinformation en ligne est ici proposé de manière ludique.
Le vaccin est disponible à tout moment, totalement sans danger, le seul effet secondaire notable est une plus grande immunité vis-à-vis de la désinformation en ligne. Si vous souhaitez continuer de sourire sur ce sujet, jouez aux deux versions de Getbadnews, puis rendez-vous sur X, visitez quelques comptes connus pour être de grands désinformateurs, comme Sylvano Trotta, relisez les messages, décodez les à l’aide de votre nouvelle vaccination et régalez-vous des notes de la communauté



