En mars 2025, la situation est paradoxale : la Russie occupe une large bande de territoire allant jusqu’au Dniepr, mais ses forces navales ont subi des revers majeurs, révélant une fragilité inattendue. Des négociations menées en Arabie Saoudite sous l’égide des États-Unisont abouti à un projet de cessez-le-feu naval.
Le rôle de la mer Noire dans la stratégie russe
Le positionnement de la mer Noire revêt une importance stratégique majeure pour la Russie. En 2014, l’annexion de la Crimée, suivie de la construction du pont de Kertch, a consolidé l’emprise de Moscou sur la mer d’Azov.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie a cherché à étendre son emprise jusqu’au Dniepr. Le but étant de priver Kiev de son débouché maritime principal. La mer Noire constitue un pivot dans l’influence russe. Elle permet de faciliter la projection de la puissance militaire russe vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Les revers militaires et les vulnérabilités grandissantes de la flotte russe en mer Noire
Dès les premières semaines du conflit, la Russie a cherché à établir un blocus naval autour des ports stratégiques, notamment Odessa, afin de paralyser les exportations ukrainiennes et renforcer la pression économique. Cependant, malgré des frappes sur des navires marchands qui ont temporairement réduit le trafic commercial, la Russie n’a jamais réussi à verrouiller totalement les voies maritimes.
En avril 2022, les forces armées ukrainiennes ont coulé le croiseur Moskva, navire amiral de la flotte russe. Kiev, en adoptant une stratégie de déni d’accès basée sur l’usage combiné de drones navals, de missiles Neptune et de moyens occidentaux, a multiplié les frappes contre des cibles stratégiques russes. Cette pression exercée a conduit Moscou à relocaliser plusieurs de ses unités à l’est, dans des ports tels que Novorossiysk et Feodossia.

De mars 2022 à juin 2024, les forces ukrainiennes ont détruit, coulé ou gravement endommagé une vingtaine de bâtiments russes de guerre ou d’appui. Parmi les unités perdues figurent des navires de surface majeurs tels que le croiseur Moskva, plusieurs grands bâtiments de débarquement (Saratov, Novocherkassk, Tsezar Kunikov, Olenegorsky Gornyak), un sous-marin (Rostov-on-Don), ainsi qu’une diversité de patrouilleurs, corvettes, dragueurs de mines, navires de soutien et vedettes rapides.
Comment expliquer ce succès des FAU?
Le succès s’explique par le recours à une large variété de systèmes d’armes pour viser et neutraliser des bâtiments de la marine russe.

- Des drones aériens Bayraktar TB2 ont été employés à plusieurs reprises, notamment contre des patrouilleurs de classe Raptor et des embarcations de débarquement de type Serna et BK-16.
- Des missiles antinavires Neptune ont été utilisés pour frapper le croiseur Moskva.
- Des missiles Harpoon ont été employés dans la destruction du remorqueur Vasily Bekh.
- Des drones navals de surface, comme le modèle MAGURA V5, ont été déployés dans des opérations visant des unités lourdes telles que le Sergey Kotov, l’Ivanovets ou le Tsezar Kunikov.
- Des missiles de croisière Storm Shadow ont également permis de neutraliser des bâtiments à quai à Sébastopol, Feodossia ou Kerch.
La Turquie : un acteur clé dans le vide stratégique russe en mer Noire
Le recul russe a créé un vide de puissance, permettant à la Turquie de le combler. Grâce à sa position géographique et à son contrôle sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles, Ankara a pu maintenir une pression constante sur les capacités logistiques du Kremlin.
La Turquie, forte de sa politique de « neutralité proactive », a en outre profité de la faiblesse russe pour intensifier ses opérations dans la zone, tout en renforçant ses capacités opérationnelles avec de nouveaux bâtiments, tels que le porte-drones Anadolu.

Liste des pertes navales russes en mer Noire depuis 2022
Navires de guerre principaux :
- Croiseur Moskva : coulé le 14 avril 2022 après avoir été touché par deux missiles Neptune.
- Sous-marin Rostov-on-Don : gravement endommagé le 13 septembre 2023, jugé irréparable selon certaines sources.
- Corvette Veliky Ustyug (classe Buyan-M) : endommagée, remorquée sur la Volga en juin 2022.
- Corvette Askold (classe Karakurt) : détruite le 4 novembre 2023 par une frappe de missiles sur le chantier naval de Kertch.
- Corvette Ivanovets (classe Tarantul) : coulée le 1er février 2024 par drones navals MAGURA V5.
- Frégate Admiral Makarov : endommagée le 29 octobre 2022 par une attaque de drones, remise en service en août 2023.
Navires de débarquement :
- Saratov (classe Alligator) : sabordé après une frappe à Berdiansk le 24 mars 2022.
- Novocherkassk (classe Ropucha) : endommagé en mars 2022, puis détruit le 26 décembre 2023 à Feodossia.
- Tsezar Kunikov (classe Ropucha) : endommagé en mars 2022, coulé le 14 février 2024 au large de la Crimée.
- Olenegorsky Gornyak (classe Ropucha) : gravement endommagé le 4 août 2023 près de Novorossiisk.
- Minsk (classe Ropucha) : détruit le 13 septembre 2023 à Sébastopol par missiles Storm Shadow.
- Bateau de débarquement Serna-class : coulé le 7 mai 2022 par drone Bayraktar TB2.
Navires de patrouille et vedettes rapides :
- 5 vedettes Raptor : trois détruites, deux endommagées entre mars et mai 2022.
- Vedette d’assaut rapide BK-16 : coulée début mai 2022 près de l’île aux Serpents.
- KS-701, vedette Tunets-class : coulée le 13 septembre 2023.
- Patrouilleur Sergey Kotov : endommagé en septembre 2023, coulé le 5 mars 2024.
- Project 12150, vedette Mangust-class : coulée par drone le 6 mai 2024
Navires de soutien et auxiliaires :
- Remorqueur Vasily Bekh : coulé le 17 juin 2022 par missiles Harpoon.
- Remorqueur Saturn : coulé le 6 juin 2024 par drones navals.
- Dragueur de mines Ivan Golubets (classe Natya) : légèrement endommagé le 29 octobre 2022.
- Navire de renseignement Ivan Khurs (classe Yury Ivanov) : endommagé possiblement en mai 2023, puis à nouveau frappé en mars 2024.
L’objectif proclamé par Vladimir Poutine d’encercler l’Ukraine par la mer ne s’est pas concrétisé, notamment en raison des frappes ciblées sur la flotte russe, de l’organisation logistique mise en place par Kiev et de la vigilance turque autour du Bosphore.




